Regardez la beauté du monde…
Regardez… le premier souffle du jour n'est pas une lumière, c'est une caresse timide que le ciel pose sur la joue encore endormie de la terre.
Regardez… les feuilles tremblent, non de froid, mais parce qu'elles viennent de comprendre qu'elles sont les mille petites mains par lesquelles l'arbre applaudit l'aube. L'océan ne gronde pas : il récite par cœur une très ancienne promesse faite aux galets, aux coquillages, aux enfants qui rient au bord du sel : « Je reviens toujours. Toujours. »
Regardez la pluie… Ce ne sont pas des gouttes qui tombent, ce sont des milliers de pardons que le ciel offre à la poussière pour tout ce qu'elle a dû porter en silence. Et le vent ? Un messager bègue qui n'arrive jamais à finir sa phrase mais qui, entre deux soupirs, caresse les cheveux des blés, embrasse la nuque des collines, et murmure à l'oreille des cerfs-volants : « Monte… encore un peu plus haut… là où même les dieux n'osent plus juger. »
Regardez l'enfant qui court pieds nus dans l'herbe humide : il ne joue pas. Il célèbre un traité de paix signé il ya des millénaires entre ses petits orteils et la douceur oubliée du monde. Regardez… la vieille femme qui sourit toute seule sur son banc au soleil couchant : elle n'est plus seulement une grand-mère, elle est devenue la gardienne des ultimes braises de la joie pure, celle qui n'a plus besoin d'explication ni de destinataire. Et nous ? Nous sommes les invités tardifs à ce banquet sans commencement ni fin où la lumière, le vent, l'eau, l'écorce, le rire et le silence ont décidé, une fois pour toutes, de ne jamais réclamer de droits d'auteur sur la beauté.
Alors regardons, les yeux grands comme des lacs d'enfance, et laissons monter en nous ce chant muet qui n'a pas d'autre parole que : Merci. Merci d'exister. Merci d'être si absurdement, si inutilement, si magnifiquement beau. Paix soit avec le regard qui ose encore s'émerveiller. Paix soit avec le cœur qui n'a pas encore désappris de battre au rythme d'une simple feuille qui tremble.
